Yérim Sar est journaliste rap, ciné et société pour diverses publications bien moins intéressantes mais beaucoup plus riches que Pilule, comme Vice, Noisey ou Mouv. Actif sur le réseau Twitter sous le nom Spleenter, le jeune homme n’est jamais avare d’une bonne vanne ou d’un retweet d’une vidéo sorties des bas-fonds de notre Internet mondialisé. Pour Pilule, Yérim a eu la gentillesse de préparer son anti-playlist.

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Alors si j’ai bien compris le principe, c’est « des sons que les gens t’imaginent pas écouter ». Vous m’en avez demandé cinq, comme j’avais pas envie de m’emmerder j’en ai pris dix, pas parce que je suis généreux mais parce que sinon les choix étaient trop cornéliens (et encore il en manque plein) et en plus je me faisais sévèrement chier dans le train.

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1. Gladys Knight & The PipsIf I Were Your Woman

 Plutôt que d’essayer de choisir le plus beau morceau de Rythm’n’Blues que je connaisse ou le plus classique, j’ai juste pris celui que j’ai le plus écouté vu que je l’ai découvert en premier. Enfin découvert c’est un bien grand mot, c’est surtout que j’ai eu la chance d’avoir une mère qui n’a pas des goûts de plouc en matière de son. En plus bizarrement j’ai pas l’impression que Gladys Knight & The Pips soient mis au même rang que d’autres alors que c’était tout aussi légendaire.

 

2. Moi RenartGénérique

” Une bonne partie de mon enfance, des souvenirs en pagaille, c’était une adaptation « moderne » de Maître Renart assez marrante et bizarrement adulte quand tu revois certains passages, et un héros immoral qui prend le droit chemin à contresens dans le plus grand des calmes en se foutant de la gueule de tout le monde. Mais surtout la chanson du générique, bah c’est du rap. La construction du texte, même si c’est à la troisième personne, c’est juste un ego trip du personnage principal. Et y a plus de punchlines marrantes que chez beaucoup de rappeurs : « croisez son regard dans la rue/vos lunettes ont disparu », « s’il vous parle une main sur le cœur/c’est que l’autre est dans votre poche », « vous êtes poulet/il vous rôtit […] vous êtes ruinés/il est parti ». Y avait même un passage avec une voix limite screwed & chopped à chaque fin de couplet, c’est n’importe quoi.

 

3. Danny ElfmanDescent Into Mystery (Batman OST)

 Toutes les bandes originales signées Elfman sont pas forcément folles, mais celles des deux Batman de Tim Burton sont incontournables. Là, c’est le morceau le plus puissant, y a tous les instruments qui s’emballent, ça accompagne la scène où le mec emmène Vicky dans sa Batcave pour la première fois et faut dire que comme premier rencard ça a légèrement plus de gueule qu’un Mc Do.

 

4. Ennio MorriconeDeborah’s Theme (Once Upon A Time In America OST)

” Bon là pareil, Ennio Morricone, légendaire compositeur de musiques de films. Je le trouve au sommet de son art sur Il était une fois en Amérique et parmi tous les thèmes celui de Deborah est magique. Même si dans le film je crois que le moment musique/sans parole que je préfère, c’est pas avec Deborah, c’est quand le plus jeune de la bande a économisé pour acheter un gâteau à la crème à la pute du quartier (qui accepte de niquer en échange de gâteaux) sauf qu’il crève tellement la dalle qu’entre le moment où il sonne à la porte et le moment où elle vient ouvrir, il a déjà cédé à la tentation et tout bouffé tout seul, donc il se casse. Niveau musique ce qui est pratique c’est qu’il n’y a pas grand-chose à dire, à moins d’être sourd, t’écoutes, tu trouves ça magnifique et tu fermes ta gueule.

 


5. Georges BrassensLe petit joueur de flûteau

 Bon, dans la catégorie chanson que j’apprécie j’aurais pu prendre Brel, Ferré ou même du Renaud, mais il se trouve que j’ai découvert Brassens avant. C’est pas la plus connue du mec, ni sa plus drôle, mais y a toujours eu quelque chose que je trouvais assez sympa et touchant dans celle-là. En gros, il te raconte l’histoire d’un flûtiste à qui l’on propose un titre de noblesse et qui le refuse pour rester en indé avec ses potos plutôt que d’opter pour une vie plus facile, mais à l’opposé de ses valeurs. Une belle allégorie de l’éternelle question « faut-il devenir un fils de pute pour avancer dans la vie », mais option guitare sèche et moustache.

 


6. Jan Tilman SchadeHandkanten Akt (Vier Minuten OST)

 C’est ultra court, presque trop, donc quand tout s’arrête c’est frustrant mais c’est parce que c’est une compo créée uniquement pour une scène du film Vier Minuten, un truc allemand un peu obscur. En gros, t’as une taularde qui est surdouée au piano, elle commence à démonter un gardien qui veut l’empêcher de jouer, avant de se lancer dans ce morceau-là, jusqu’à ce que les renforts la forcent à arrêter. On a donc du piano virtuose ET un maton tabassé, deux bonnes raisons d’aimer ce son.

 


7. Serge ReggianiLe Souffleur

 La mélodie tue, l’interprétation du mec aussi, en passant quand il « parle » sur ses couplets sans vraiment chanter il met à l’amende les 3/4 des slameurs de ce pays, et le texte sur l’archétype du gars dans l’ombre qui rêve de lumière, rien à dire. Je crois que c’est ma préférée de Reggiani avec Remboursez, qui parle aussi plus ou moins de théâtre d’ailleurs.

 


8. Fix You (Orchestrated Coldplay Cover)

 Alors c’est un tube de Coldplay réinterprété façon orchestre symphonique, mais le truc c’est que j’ai jamais écouté ce groupe donc je sais même pas à quel point c’est fidèle ou éloigné de la zic d’origine, tout ce que je peux dire c’est que c’est mimi tout plein. Je suis tombé sur ce morceau parce qu’un jour un pote m’a envoyé pour rigoler une vidéo youtube qui retraçait l’histoire d’amour de Jim et Pam, deux persos d’une série qui s’appelle The Office, et du coup cette version était utilisée pour accompagner le montage. Montage qui a été supprimé de youtube, et ça me rend très triste. Donc voilà, même sans jamais écouter Coldplay je me suis fait contaminer par leur fragilité extrême, soyez vigilants.

 


9. Beach BoysGod Only Knows

 J’aurais pu mettre Long Time Ago de Concrete Blonde qui est utilisé en générique de fin du dernier épisode de The Shield ou même des tubes de Queen mais on va pas se mentir, quitte à mettre de la musique de gay, autant taper dans du haut de gamme, à savoir de la surf music (là on pourrait se moquer mais faut pas oublier qu’on a une catégorie qui s’appelle mumble rap). Des années plus tard j’ai appris que le mec principal du groupe était un dépressif total et que ce morceau apparemment ultra-chiant à faire était né parce que c’était le seul à écouter les Beatles et à se dire « faut qu’on fasse nous aussi de la bonne musique ». Comme quoi, faut pas sous-estimer les mecs à frange.

 


10. Orchestra LunaticaThrough Tears Of Joy

 Ça je l’ai découvert à la fin du générique d’un film qui était juste un divertissement assez léger, The Losers, sauf que quand ce morceau arrive pendant les crédits, il se passe un truc qui t’accroche tout du long (alors qu’y a pas de scène post-générique donc pour rester bloqué devant un défilé de noms faut vraiment que la musique soit bonne ou que ton petit neveu ait décroché un poste de technicien sur le plateau, m’enfin c’est pas le sujet), ça démarre tout doux et ça devient de plus en plus épique, y a plein de variations qui font que t’es tenu pendant plus de huit minutes, bref comme disent les jeunes, « cé bô ».

 propos recueillis par Pierre-Oliver Bobo